Introduction

Entre le 27 juillet et le 22 août 2023 Isabelle et moi avons effectué un périple sud-américain. La construction de ce voyage s’est opérée en assemblant des envies et des opportunités. Un peu de Chili pour y revoir le caveau familial, la Serena pour y voir des pingouins de Humboldt, la Bolivie parce que les récits de Vikki faisaient rêver, Salta parce que c’était Salta la Linda, la péninsule de Valdès parce que la Patagonie… et les baleines. Des noms qui faisaient rêver : Valparaiso, Uyuni, Buenos Aires, la Patagonie… Des souvenirs aussi pour moi parce que j’étais allé à Buenos Aires et Santiago en 1987. Isabelle n’avait pas les mêmes souvenirs et sans doute des rêves différents. Mais aussi un œil plus aiguisé.

Les notes ci-dessous n’ont que la prétention de remuer quelques souvenirs, de partager quelques impressions.

Santiago (27/7)

Après un vol Madrid-Santiago de 14 heures, nous arrivons. C’est le matin. Le temps de déposer la valise à l’hôtel et nous partons en expédition. Le but était d’atteindre le Cementerio General, parfois aussi appelé Recoletos. Pour l’atteindre il faut passer par le centre historique puis le marché central. Dans le marché les fruits de mer et poisons attirent forcément notre attention. Des moules et palourdes énormes et d’autres fruits de mer que je n’avais jamais vus. Et ces mets viennent alimenter les différents restaurants du marché. La pause midi est toute trouvée mais avant cela nous avons à marcher dans des zones où on trouve de tout : des olives et de la ferraille, des bonbons et des lainages. Des puces de Saint-Ouen à l’autre bout du monde…

Le cimetière est gigantesque -on y compterait les tombes de deux millions de défunts !- mais avec un peu d’aide nous trouvons, dans la section 17, le tombeau familial. Celui-ci avait été construit pour mon arrière-arrière-grand-mère, Manuela de Silva de Payne. Celle-ci était décédée à l’âge de 29 ans à la suite de la naissance de son 8ème enfant. En 1880. Le mausolée est en mauvais état. Les tremblements de terre successifs auront fait beaucoup de mal. J’ai la clé mais il n’y a plus de serrure. Autour du mausolée, d’autres, bien plus imposants et majestueux : on y trouve des noms anglais et basques, ceux des grandes familles qui ont dirigé le Chili au 19e siècle : MacKenna, Errazurriz, O’Higgins. Un peu plus loin, la tombe de Salvador Allende qu’on nettoie scrupuleusement : dans un mois on se souviendra des 50 ans de sa mort et de la prise de pouvoir par la junte militaire de Pinochet.

Nous reprenons le métro pour le marché central où je commets l’erreur de prendre mes fruits de mer au bouillon plutôt que crus. Le ceviche que nous avons aussi commandé était lui délicieux… Il va falloir apprendre à faire ça avec les poissons frais du marché de Tharon.

Le Museo nacional était prévu au programme car nous devions y trouver des tableaux représentant les parents de Manuela : Jose Luis Silva et Maria Fresia Quiroga. Hélas, ces tableaux existent bien et sont répertoriés (on peut les trouver sur internet) mais ne sont pas exposés.

Le Musée présente les portraits des Chiliens illustres des siècles passés. On note l’importante proportion de militaires et cela rejoint ce que j’avais découvert en analysant l’histoire de mes ancêtres : chez les hommes ils ont tous occupé des positions allant de Capitan à General avec souvent le rôle de Maestro de Campo. Cela se retrouve aussi dans l’architecture où les bâtiments importants semblent relever de la hiérarchie militaire. On est loin de l’Equateur où c’est l’église qui est au centre du projet colonial et où ce sont ces monuments qui sont les plus riches et les plus beaux.

Santiago a un centre-ville assez petit et déserté le soir. Il a fallu manger ce qu’on a pu trouver : une chaine de nourriture rapide nous a servi des empanadas frites… délicieuses.

Santiago Valparaiso (28/7).

Une erreur de calcul nous a empêché de voir le musée archéologique ; dommage. Nous prenons un bus jusqu’à Valparaiso et avons la bonne idée de laisser nos grosses valises à la consigne de la gare routière… Nous devons reprendre un bus demain. Pour rejoindre le port, nous montons dans le trole. Mais au port nous ne trouvons pas les pélicans que nous recherchons. Il faudra reprendre un petit train jusqu’à la Caleta Portales. C’est un port de pêche et un marché des produits de la mer étonnant, où je ne reconnais pas la moitié des espèces. Nous regrettons de ne pas avoir une cuisine à notre disposition. Une jetée part du marché. Nous nous y aventurons et découvrons une colonie de loups de mer (ou otaries… mais on peut penser que chaque spécimen pèse entre 100 et 300 kilos).

L’hôtel Bristol est un vestige du passé, perché sur le Cerro Concepcion qui communique avec le Cerro Alegre.

Valparaiso. Le nom même évoque toutes les aventures. Le passage obligatoire au temps des Cap Horniers… Les bateaux qui remontaient vers la Californie s’y arrêtaient. La ville a été prospère, mais a perdu de son importance avec l’inauguration du canal de Panama en 1913.

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La ville est dans la baie qui protège les bateaux amarrés. Elle s’organise en hauteur sur les 45 collines qu’on appelle cerros. Derrière le port ou attend patiemment les bateaux de la Armada, les cerros qui étaient jadis les plus convoités : le Cerro Concepcion et le Cerro Alegre.

Convoités en particulier par les Anglais qui étaient 30000 à y vivre pendant la seconde moitié du 19e siècle. Parmi ceux-ci, Wilson Payne qui était mon arrière arrière grand-père. Il était venu travailler dans les mines de cuivre et était sans doute l’économe de Tomas de Urmeneta. Il avait épousé Manuela de Silva Quiroga qui était aussi la sœur de l’épouse de Tomas de Urmeneta (j’ai des photos de 1870 où les 4 posent ensemble… les hommes se serrent la main et les femmes regardent respectueusement et en adoration leurs époux).

Nous errons dans les ruelles et trouvons une belle terrasse pour dîner, face au Pacifique.

Valparaiso La Serena (29/7).

Matinée à jouer avec les ascenseurs. Ceux-ci prennent différentes formes et permettent de monter et descendre les cerros. Nous repartons à Caleta Portales revoir nos pélicans et lions de mer (heureusement nous avions laissé, la veille, nos gros sacs à la consigne de la gare routière). Et avons juste le temps de grignoter des empanadas aux fruits de mer pêchés le jour même dans le restaurant de la confrérie des pêcheurs. La mienne contient des locos : des ormeaux. Puis 7 heures de bus. Nous arrivons à la Serena en début de soirée et sommes avertis qu’il ne serait pas raisonnable de parcourir le kilomètre restant à pied. Nous prenons un taxi. De façon générale nous ne nous sentirons jamais en insécurité pendant ce voyage. Parfois nos interlocuteurs nous alerterons et relierons cette insécurité à l’immigration et à la drogue : finalement, les mêmes peurs qu’en France ; Et comme en France, à mon avis très exagérées.

La Serena (30/7).

La ville a été créée il y a presque 500 ans par mon aïeul, Francisco de Aguirre. Avec Pedro de Valdivia et Diego de Almagro il a conquis le Chili. Sa vie est exceptionnelle : présent lors du sac de Rome par les troupes impériales en 1527, il protègera alors un couvent. En récompense, le pape lui donnera l’autorisation d’épouser sa cousine, Maria de Meneses, comme lui, de Talavera de la Reina. Il obtiendra ensuite l’autorisation d’aller aux Indes où il ira au Pérou et de là rejoindra Pedro de Valvidia dans sa descente vers le Chili. En chemin il gagnera la bataille du Pukara de Quitor, puis fondera la ville de la Serena. Il sera plus tard en Argentine, dans le Tucuman, où il participera à la fondation de la ville de Salta mais surtout à celle de Santiago del Estero. Il se montrera un excellent gestionnaire (sic) malgré le fait qu’il avait très vite un problème de main d’œuvre. Il est également connu pour avoir eu 50 enfants dont 5 par son épouse et en particulier Hernando, mon aïeul.

Sa statue se trouvait au bout de l’avenue majeure de la Serena (appelée bien entendu Avenida Francisco de Aguirre). « trouvait » car en 2019, des mouvements de protestation contre le cout de la vie ont repris des thèmes que nous avons vu mis en avant en Europe quand des statues d’esclavagistes notoires, devenus philanthropes en fin de vie, ont été déboulonnées. A Bristol, par exemple, c’est la statue d’Edward Colston qui a fini dans le port. Ici, c’est celle de Francisco de Aguirre qui a été déboulonnée. Et je n’ai pas trouvé d’information sur son devenir.

C’est dimanche et tout est fermé. La Serena mérite bien son nom. Nous marchons jusqu’à l’Océan : de belles plages et des rouleaux impressionnants. Puis nous longeons la côte jusqu’à la ville de Coquimbo. Le pirate Bartholomew Sharp avait atterri là en 1680, et avait ensuite incendié la ville de la Serena. Un de mes ancêtres avait joué un rôle actif dans la défense (?) de la ville. Et qui sait, j’avais peut-être un ancêtre de l’autre côté. Un peu à ma surprise, j’ai découvert que Sharp y était arrivé en passant par Panama. (Pour une version anglaise des événements, pour une version espagnole des événements).

La marche du dimanche avait été longue et nous étions à presque 20 kilomètres de notre point de départ, pour apprendre que pour une raison étrange les taxis et les transports en communs n’avaient pas le droit de passer là où nous étions. Il a fallu installer Uber. Et surtout s’en servir sans accès à Internet autre que le wifi du restaurant végétarien bien loin du lieu de rendez-vous.

La Serena a un jardin japonais où nous avons eu la chance de trouver des colibris. Quels étranges oiseaux !

La Serena San Pedro de Atacama (31/7).

Nous prenons une navette et l’avion jusqu’à la ville de Calama. Puis une autre navette depuis l’aéroport à travers le désert d’Atacama jusqu’à la petite ville de San Pedro de Atacama. Celle-ci est dans le désert qui est l’un des points les plus arides du monde. Nous découvrirons à notre retour qu’il s’agit de l’endroit le plus ensoleillé du monde, avec un soleil qui irradie autant que sur la planète Venus en plein été (The Guardian, 24/8/2023). Nous parcourons la ville et essayons de nous habituer aux 2500m d’altitude. Un thé de coca aide un peu. La ville est remplie d’agences proposant toutes les mêmes tours. Aucun prix n’est affiché. Nous réservons notre tour pour aller au Salar de Uyuni pour 210 dollars. Il faut payer en liquide donc l’enjeu devient de comprendre le fonctionnement des distributeurs pour changer les pesos en dollars. La soirée arrive et nous découvrons avec tristesse qu’il y a une pleine lune… Le désert de l’Atacama est réputé pour être un des meilleurs endroits au monde pour observer les étoiles… à condition d’être très bien couvert et qu’il n’y ait pas la pleine lune.

San Pedro de Atacama (1/8).

D’innombrables agences proposent des tours à des lieux dont les noms font rêver. Mais comme nous allons avoir 3 jours de voiture nous choisissons de louer des vélos. Et partons en direction de la Garganta del Diablo. En chemin, après avoir garé les vélos, nous montons au Pucará (ou Pukar) de Quitor où Francisco de Aguirre a gagné sa bataille contre les Indiens retranchés. On comprend assez vite pourquoi on ne trouve pas de magnet à son effigie dans les magasins de souvenirs de San Pedro. Le site est très beau et la prise du Pucará a sans doute été un exploit militaire. Mais il est surtout resté qu’à l’issue de la bataille, Francisco a fait décapiter les caciques indiens (on parle de 25, 10, 200) et a laissé ces têtes en exhibition sur les murailles. Pendant un temps, on a appelé San Pedro « El pueblo de las cabezas ».

Puis on a continué jusqu’à la Garganta del Diablo. Le chemin est difficile et le soleil est très dur. Nous parcourons ces gorges à pied : quand nous sommes à l’ombre, tout va bien. Dès que le chemin est au soleil, c’est très dur. Mais c’est très beau. On rentre sous un soleil de plomb et rendons avec soulagement nos vélos. Il faut chaud et pensons profiter de la petite piscine de l’hôtel. Mais l’eau subit l’influence du soleil le jour, mais celui des températures de la nuit aussi. Nous retournons dans le centre et écumons les magasins de souvenirs : les articles en laine sont vraiment tentants. Dans un pub on me demande une pièce d’identité pour prouver mon âge. C’est la loi et elle ne souffre pas d’exception. Je n’ai pas ça sur moi mais j’arrive à en trouver une copie sur internet. Nous rentrons nous reposer pour un départ à l’aube.

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San Pedro de Atacama Villa Mar (2/8).

Départ très tôt. Le but est de monter jusqu’à la frontière qui n’ouvrira qu’à 8 heures : le poste frontière de Hito Cajon. En attendant son ouverture nous prenons un petit déjeuner au-dessus de 4000m et avec des températures négatives. Un thé de coca pour gérer la puna. A ce moment, tout va bien. Notre chauffeur me parle de la montagne frontière que nous avons en face de nous : le Licancabur. Il explique l’avoir gravi depuis le côté Bolivien mais qu’on ne peut pas le faire depuis le Chili. En effet, lors de la guerre du Pacifique (1879-1884 quand même) les Chiliens ont miné ce flanc de la montagne et ces mines pourraient encore exploser…

On passe la frontière avec la Bolivie et nous sommes récupérés par notre guide-chauffeur Pedrito dans un gros 4*4. Nous sommes 6 : Jyri et Tim, deux frères et leurs amis Vic et Anna. Tous les 4 sont Belges Flamands et se promènent entre l’Argentine, le Chili et la Bolivie. A peine 100 ans à eux quatre… Leur compagnie est sympathique et ils nous acceptent même si nous ne les suivrons pas dans leurs escalades. Jyri vient d’obtenir son diplôme de médecin et cela nous rassurera un peu quand les symptômes du mal des hauteurs se feront plus présents. Il donnera à Isabelle un diurétique pour soigner son mal des montagnes. C’est un vrai enjeu. Isabelle et moi n’aurons pas les mêmes symptômes en même temps mais le souffle très court, le manque d’oxygène se font sentir. En marchant, bien entendu, mais même la nuit, il peut être difficile d’avoir une respiration normale. La montre connectée d’Isabelle permet de lire les taux d’oxygène dans le sang. On est très loin des chiffres qu’il convenait d’avoir pendant le covid. Avec ces chiffres là nous serions aux urgences.

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La journée se déroule entre 4500 et 4950 m avec des paysages extraordinaires et des arrêts à des miradors : nous sommes dans un parc naturel et les différentes jeeps circulent sur les mêmes routes et s’arrêtent aux mêmes endroits. Cela enlève un peu au charme, mais pas à la beauté.

Villa Mar est un village sympathique perché à 4000 m. C’est presque bas sachant que nous avons passé la journée à plus de 4500m. Le record ? 4940m, entouré de « collines » toutes à plus de 5000. On peut s’étonner de ne pas avoir profité d’un arrêt pour monter les 60m manquants ? Non. A cette altitude tout se paye cash. Même les jeunes n’ont pas essayé.

Villa Mar nous permet de dîner tôt et de nous coucher à 21 heures. Nous dormirons 10 heures avec 5 couvertures car il fait -3 cette nuit et qu’il n’y a pas de chauffage.

Villa Mar El Salar (3/8).

Je suis interpelé par ce nom : Villa Mar : il est probable que la plupart des habitants n’aient jamais vu la mer. J’interroge Pedrito qui me dit que le nom Quechua était Huyamar et que l’hispanisation a entrainé cette modification. La place du village est décorée par une statue de condor. Pedrito me dit qu’il y a encore des condors dans cette partie de la cordillère, mais qu’on ne les voit que rarement. « El puma y el condor, los estan extinguiendo » me dit-il. Un puma peut tuer 7 lamas dans une nuit. Et le condor est un charognard mais peut s’attaquer aux lamas qui viennent de naitre. Et contrairement à nos pays, pas de compensation financière pour les éleveurs.

La journée se passe plus bas qu’hier, mais c’est quand même 4000m avec un col à 4800m. Le lecteur pourra penser qu’assis dans une voiture le mal des montagnes (la puna, disent-ils en Argentine) se passe bien. Un thé de coca aide un peu. J’ai des bonbons de coca dans ma poche mais je n’ose pas y toucher. Notre médecin Jyri n’y croit pas beaucoup. Je ne les utiliserai pas.

Au menu du jour, des paysages extraordinaires. Des canyons, des rochers aux formes étonnantes, des roches volcaniques projetées il y a des millions d’années. Mais aussi les lagunes colorées par les minéraux dont nous avons tant besoin et que nous payons si peu cher. La discussion sur ces questions renvoie un nom : « Evo ». Evo Morales a été président de la Bolivie entre 2005 et 2015. Nous verrons des panneaux lui demandant de revenir « 2025-2030 ». Il a promulgué des lois obligeant aux entreprises d’assurer la transformation des matières premières en Bolivie. Pour éviter que la Bolivie soit juste un réservoir de matières premières. A en croire Pedrito cela a créé beaucoup d’emploi. Evo a également changé le positionnement de la Bolivie : les Etats Unis et l’Europe reculant au profit de la Chine, la Russie, l’Iran. Mais la vie reste ici très dure. Nous verrons plus tard des villages de mineurs accrochés à la montagne. Certains à 5000 m d’altitude.

Dans l’après-midi nous atteignons le Salar de Uyuni, le plus grand désert de sel au monde. 120 km sur l’axe nord-sud, 160 sur sa largeur. Plus de 10 000 km2. On y extrait du sel, du borax, du lithium. Un paysage hallucinant qui permet de jouer sur les perspectives dans des photos que les touristes adorent. Le Salar est né de la création de la cordillère. Les plaques, dans leur jeu tectonique, ont créé une immense mer intérieure (qui, si on en croit les marques sur les montagnes a pu faire quelques centaines de mer de profondeur) ; au fil des millénaires, l’eau s’est évaporée, créant ainsi ce désert de sel incroyable.

Nous sommes arrivés dans un petit village en bordure du Salar en même temps que l’autobus du soir qui déposait les habitants et les courses (Fanta, bouteille de gaz) qu’ils avaient faites à Uyuni, la capitale du Municipio. Le Salar fait 160 km de large donc aller faire les courses représente un départ à l’aube et un retour de nuit.

El Salar – Villazon (4/8).

Pedrito nous a fait grâce d’une demie heure de sommeil. La lune reste défavorable et il est donc inutile d’arriver trop tôt : on ne verra pas les étoiles. Nous allons quand même voir le lever du soleil depuis l’île aux cactus. C’est spectaculaire mais nous sommes tout de même plus d’une centaine de touristes amassés sur le sommet. D’un point de vue écologique c’est sans doute nécessaire. Mais on a beaucoup plus de mal à gérer la contradiction d’être dans un endroit aussi isolé… et d’être aussi serrés.

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Avant de sortir du Salar, le monument au Dakar. Pendant 5 ans, la course a utilisé le désert de l’Atacama comme terrain de jeux. Nos interlocuteurs Boliviens en sont très fiers et s’en rappellent avec beaucoup de plaisir. Pedrito et sa famille prenait 3 jours de vacances pour les voir passer. Quand nous demandons si l’impact écologique n’est pas un problème, il me répond que la nature a su gommer les traces de leur passage.

Le Potosi, cette région du sud-ouest de la Bolivie, est une terre de mineurs. Des panneaux nous indiquent sur la route les gisements et les villages, le tout à plus de 4000m.

Arrivés à Uyuni Pedrito nous aide à trouver un transport pour rejoindre Villazon, la ville frontière. En fin de compte c’est un minibus chinois qui fait le voyage. Le chauffeur m’explique que sitôt déposés à Villazon il repart à Tupisa récupérer des gens, puis retour à Uyuni pour continuer encore plus loin. Il me donne sa recette pour tenir à base de coca, bicarbonate de soude et Red Bull. J’étais content de savoir qu’il avait commencé son périple de 20 heures avec nous !

La route est belle. Nous croisons des lamas près des villages, des vigognes plus loin. Et des autruches : le chauffeur nous indique que ce ne sont pas des nandous. A un moment, nous passons devant la route de San Vicente. C’est là qu’auraient été abattus Butch Cassidy et le Sundance Kid en 1907. Nous retrouverons leur piste beaucoup plus loin, en Patagonie.

Villazon se prépare à célébrer la fête nationale et c’est la répétition. Défilés de fanfares et de régiments. Je lis (et je vois) que la chose militaire est particulièrement importante ici. Le service militaire est encore de rigueur et on me dit que cela reste un moment important de la vie des jeunes Boliviens et Boliviennes.

Notre transport nous a laissé dans le centre-ville de Villazon et il a fallu trouver notre hébergement à l’ancienne, sans internet et ses plateformes. La deuxième visite fera l’affaire. Pour une nuit. Mais nous sommes encore bien haut et la nuit s’avèrera compliquée.

Villazon – Salta (5/8).

Voyage galère avec un mal des montagnes qui m’avait inquiété toute la nuit. J’ai hâte de redescendre. Le bus est très correct. J’ai dû voir 4 films dont un russe (très héroïque). Le voyage a été interrompu à 3 reprises. Deux fois à cause de barrages : des indigènes qui sont en train d’être expropriés et des protestations contre une loi de la province de Jujuy interdisant cette forme de protestation qui semble pourtant être la seule qui reste. Ce sera notre première approche de ce qui nous surprendra pendant nos 15 jours en Argentine : comment un pays avec une surface 5 fois celle de la France et une population bien moindre que celle de la France peut-elle à la fois avoir des paysans sans terre et des estancias de la taille de nos départements ?

La bonne nouvelle est que nous descendons progressivement et que très vite nos corps nous en remercient.

Salta (6/8).

Salta est surnommée Salta la Linda. Mais c’est dimanche et tout est fermé. Nous déambulons dans les rues, trouvons un petit marché et allons visiter le musée anthropologique. Celui-ci est connu pour sa collectuion d’objets incas : entre Salta et San Pedro se trouve une montagne à plus de 6000m où les archéologues ont trouvé des vestiges incas, dont des momies d’enfants. Ceux-ci avaient été sacrifiés et enterrés vivants. C’est impressionnant.

Nous montons en haut de la colline qui surplombe la ville, mais il nous faut une heure de queue pour trouver de la place dans le téléphérique. Quand c’est notre tour, nous comprenons les raisons de cette lenteur : les cabines ont 6 places mais le manque d’organisation fait que les gens montent 2 par 2. Asi va Argentina ! Nous monterons et descendrons cependant avec des Argentins. On monte en téléphérique de San Bernardo et on parle avec une gentille famille de Salta qui n’étaient jamais monté avant. Lui nous dit qu’il a enfin un travail qui lui permet de s’offrir ce luxe. A la descente, un couple prendra le temps de nous expliquer leur système électoral car nous sommes à une semaine des PASO. La suite dimanche prochain. Dans les 2 restaurants quelqu’un vient nous demander s’il peut prendre nos restes. Le soir on mange un plateau de Salta ; des empanadillas, des humitas et de tamales. Ces deux derniers sont des plats amérindiens, très difficiles à avaler !

Mais peut-être, ce qui nous a le plus marqué est qu’à midi et le soir s’est approché à la fin du repas un clochard (pas le même) pour demander si nous avions fini et s’il pouvait prendre le reste. Un peu désemparés nous avons acquiescé. Et il a pris dans nos assiettes les restes qu’il a commencé à avaler avec faim.

Salta – Las Grutas (7/8).

Encore un réveil qui a sonné trop tôt ! Mais l’aéroport de Salta est petit et nous avons réussi à avaler un petit déjeuner de 6h30 à 6h45. Puis chemin vers l’aéroport de Salta. Pendant le trajet le chauffeur nous a donné une leçon d’économie et expliqué les maux de l’Argentine. Je me suis revu il y a 35 ans où un autre taxiste m’expliquait la même chose : la fuite des capitaux, une corruption généralisée et trop visible (Messieurs les gouvernants, trafiquez mais faite en sorte que cela ne se voie pas… quand cela se voit, c’est le désespoir du peuple et l’incapacité de faire fonctionner les projets collectifs). Ici cela peut simplement être des radars devant lesquels les voitures normales et les taxis doivent ralentir sous peine d’une amende trop chère tout en voyant filer les gros SUVs.

A la fin de notre vol Salta-Neuquen sans souci nous avons pu récupérer notre véhicule de location. Mais n’ayant plus d’argent, il a fallu entrer au centre-ville de Neuquen (la ville la plus peuplée de Patagonie). Premier arrêt dans un bureau de change où ils étaient prêts à me donner 320 pesos pour un euro. Sachant que j’avais eu 510 pesos il y a deux jours à la frontière dans la gare routière, la solution ne me paraissait pas acceptable. Donc on tourne. Isabelle se gare et je repars en chasse. Les agence Western Union ont des queues gigantesques. Une autre casa de cambio (Olano) me dit qu’ils n’ont plus de pesos. Un comble ! Devant celle-ci un personnage aide un Chilien à lui procurer des pesos (nous sommes plusieurs à chercher à vendre des devises). Je m’insère dans la discussion et notre personnage à l’anorak bleu m’emmène à une agence financière. Au fond du couloir, un bureau. Ils me proposent 630 pesos pour un euro, sachant que j’arrive avec des coupures de 100€. Je change 200€ et il utilise une machine pour me compter les 126 billets de 1000 pesos. Je sors avec dans la poche la plus grande liasse que j’ai eu à manipuler depuis mes parties de Monopoly d’il y a 50 ans.

Nous pouvons quitter Neuquen. La banlieue s’éternise. On passe par ou à côté de villes aux noms qui semblent évoquer un passé particulièrement belliqueux : General Rojas, Coronel Belisle, General Enrique Godoy… Puis une douce monotonie s’installe. Autour de nous, à perte de vue, des buissons, aucun arbre : la Patagonie.

A Choele-Choel nous passons devant deux stations-service avant de prendre la route 250 qui doit nous amener à l’océan. Deux stations-service d’un coup, cela aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Au bout de quelques dizaines de kilomètres, nous réagissons et comprenons : l’internet et le téléphone ne fonctionnent plus, nous avons « trois barres » pour l’essence et il n’y a personne. Il nous reste 150 kilomètres jusqu’à la prochaine intersection et d’ici là quelques points blancs sur la carte. Les deux prochaines heures seront angoissantes.

Nous arrivons à las Grutas pour dîner. Las Grutas est une (la) station balnéaire de Patagonie. Sans doute très animée en été, elle est gentiment endormie dans le sable en août.

Le restaurant TerraMare est un des rares encore ouverts. Les vieiras pour Isabelle, les pulpitos pour moi. La côte semble particulièrement propice à la pêche aux poulpes. D’ailleurs, en Argentine, les pulperos occupent une place à part et les pulperias alimentent à la fois les clients et les textes de tangos.

Las Grutas – Puerto Piramides (8/8).

Le raffut au réveil est impressionnant : notre hôtel est en bord de plage. Nous partons investiguer et voyons que les falaises regorgent de trous qui servent de nid aux conures de Patagonie. Ces perroquets sur lesquels nous avons pu voir du vert, du rouge, du bleu et du jeune vivent en couple : ils volent à deux, mangent à deux et occupent un trou dans la falaise… à deux. Ce sont des centaines d’individus que nous croisons sur notre promenade… avant de prendre la route pour la péninsule de Valdès.

La route est longue et monotone (ce qui n’exclut pas qu’elle soit aussi belle). Et il faut dépasser les camions.

Conure de Patagonie

Nous mangeons dans la ville de Sierra Grande avant rejoindre la route qui part vers la Péninsule. Nous arrivons à Puerto Piramides, descendons les sacs et allons sur le bord de l’eau. Et là, à 100m sans doute, on voit nettement notre première baleine. Que c’est émouvant !

Puerto Piramides est un petit village. Nous devons d’abord chercher des Pesos (pas simple), puis un restaurant. Nous allons au Mareografo. Je mange une hamburguesa patagonica (à base d’agneau, bien entendu) avec une belle bouteille de La Poderosa. La Poderosa était le nom de la moto d’Ernesto Che Guevara avec laquelle, jeune médecin, il allait arpenter l’Amérique du sud entre 1951 et 1953. 12000km tout de même !

La discussion tourne autour de la question de la terre. L’estanciero Ferro contrôle toute la péninsule : des barbelés partout.

Puerto Piramides (9/8).

Nous nous levons prêts à emprunter les routes, ou plutôt les routes de ripio de la péninsule. Malheureusement certains tronçons sont fermés et il y aura beaucoup d’allers et retours. D’abord, une visite de la loberia, qui abrite une petite colonie de pingouins. Si, si… une garde nature nous le confirmera plus tard ! Et, là où les otaries se regroupent auprès des falaises de nombreux oiseaux de mer dont des pétrels noirs au vol planant majestueux. Ensuite, départ vers la Caleta Valdés, une étendue d’eau de mer séparée par une bande de sable. La bande de sable est utilisée par les éléphants de mer qui se prélassent au soleil. Un improbable restaurant nous propose son ragout patagon à base de lentilles et d’agneau. Nous repartons pour 80 km de ripio en direction de la Punta Norte, lieu de concentration des pingouins de Magellan… à partir de septembre. A cette époque si on y va, c’est pour d’autres espèces : un peludo ou armadillo qui traversait la route devant nous. A Punta norte des oiseaux spéciaux : les Jotes de cabeza colorada. La guarda fauna nous explique qu’il s’agit de vautours, cousins des condors. A Valparaiso, nous en avions également vus. Ils sont très beaux à voir voler. Maria prend son temps avec nous… Elle vit sur site et en hiver nous ne sommes pas nombreux à y arriver. Elle nous montre d’autres oiseaux comme la garza bruja qui a effectivement le dos courbé d’une sorcière. Et nous explique la différence entre un pinche et un peludo… Nous restons le plus longtemps possible, dans l’espoir d’observer des orques qui viennent de temps en temps défiler le long de cette côte.

Le retour à Puerto Piramides… une longue ligne droite de ripio de 80 km avant de trouver un restaurant : le poêle est allumé et la bouteille de vin patagon Zorro y Arena se boit sans difficulté pour accompagner le bife de chorizo (Isabelle). Mon dessert était extraordinaire : des framboises nappées de chocolat au lait glacé. Un must à Bariloche, m’a-t-on dit.

Puerto Piramides – Puerto Madryn (10/8).

Avant de sortir du parc régional, un passage par la Isla de los Pajaros. L’île est visible de la terre et doit abriter (à la bonne période) une colonie de pingouins. On voit tout de même une baleine sauter. La légende veut que l’île ait servi de modèle pour Saint-Exupéry. Son chapeau ressemble effectivement beaucoup.

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Un peu plus loin la Punta Gales. Quelques bateaux un peu délabrés. Deux pêcheurs s’apprêtent à aller en mer et nous parlons. Ils se décrivent comme des pêcheurs ensemenceurs de vieiras, ces coquilles Saint-Jacques locales, un peu plus petites que les nôtres. Ils me montrent le compresseur qui permet au plus jeune de descendre, sans scaphandre, à 8 mètres. Ma question est évidente : et les baleines ? Oui, c’est bien le problème. Elles s’approchent systématiquement et celui qui reste à bord tire alors sur le tuyau pour faire comprendre qu’il faut remonter. Et cela arrive souvent ? Oui. Plusieurs fois par pêche. Naviguer n’est pas non plus chose aisée car il faut zig-zaguer pour éviter les baleines. Ensemenceur ? Oui, un biologiste espagnol leur a expliqué comment récupérer les petits (las semillas) de certaines zones pour les réimplanter ailleurs.

L’expérience est irréelle : pêcheur de coquilles dans une eau pleine de baleines…Je regretterai longtemps de ne pas avoir eu le culot de demander à les accompagner.

Après la sortie du parc, une route de ripio nous mène à El Doradillo. Sur une vingtaine de kilomètres des chemins incertains mènent à des pointes ou à la plage. A un moment nous suivrons un de ces chemins qui se révélera bloqué par un 4*4 embourbé. Nous avons pu heureusement repartir sans problème. El Doradillo, donc, est un des endroits les plus stupéfiants de la planète. En tout point on voit une dizaine de baleines franches australes (ou bal. Au moins. Le clou du spectacle se situe à marée haute où elles défilent majestueusement le long de la plage, à moins de 20 mètres. Elles soufflent, tournent sur elles-mêmes pour ressortir leurs nageoires de l’eau. Que c’est beau !

Puerto Madryn (11/8).

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Au sud de Puerto Madryn se trouve l’endroit où, en 1865, 160 Gallois ont débarqué pour coloniser la Patagonie (en Espagnol, une narration assez complète de cette épopée). La nouvelle nation argentine avait un problème : au sud de Buenos Aires n’habitaient que des Indiens qui lançaient des incursions en territoire habité par les colons. Dans un premier temps, l’idée a été de convaincre les européens de venir s’installer en échange de terres, offertes ou vendues à un très bas prix. Il fallait toutefois sécuriser les colons et le gouvernement avait négocié avec la caciques indiens que ceux-ci acceptent la présence des colons en échange d’aides diverses.

Les indiens étaient les Tehuelques, qui étaient les habitants originels de la Patagonie, installés là depuis 12000 ans et les Mapuches qui avaient traversé la Cordillère. Les Tehuelques étaient restés à l’âge de pierre. Ils maitrisaient le feu mais leurs outils et armes étaient à base de pierre taillée. C’était un peuple pacifique dont la caractéristique la plus connue étaient qu’ils étaient très grands. A en croire Pigafetta, qui accompagné l’expédition de Magellan « Ils étaient tellement grands qu’on arrivait à peine à leur ceinture ». C’est d’ailleurs cette taille qui aurait donné à Magellan le nom des habitants de ces contrées : les Patagons. La légende de ces géants a ensuite parcouru la planète : on peut penser que Pantagruel en est un exemple.

Nous avons posé la question sur la véracité de cette taille : on sait que dans la délégation de caciques tehuelches qui a accompagné

Les Mapuches sont quant à eux issus du Chili. Ils sont également connus sous le nom d’Auracanos. Ils ont été les adversaires des Incas mais ont su profiter des avancées technologiques de ceux-ci. Ils ont aussi longtemps combattu les Espagnols, avec succès parfois : ainsi, en 1560 ils ont battu Diego de Almagro. Sa capture a dû être un motif de réjouissance. On raconte qu’ils ont réussi à le torturer durant 3 jours avant qu’il ne meure. Les détails des tortures qu’il a subies nous sont racontés par quelques Espagnols survivants qui ont été libérés plus tard.

Quand les Mapuches sont arrivés en Argentine, on se doute que les Tehuelches n’avaient aucune chance. Ils ont été assimilés. Mais aussi vendus comme esclaves sur le marché de Buenos Aires ou envoyés en Europe dans des jardins zoologiques : le jardin d’acclimatation de Paris avait, parait-il une exposition de Tehuelches et Fuégiens qui a connu beaucoup de succès cette année-là avec près d’un million de visiteurs.

Aujourd’hui, le peuple Tehuelche a disparu en tant que tel. La langue n’est plus parlée et les héritiers sont appelés Tehuelches-Mapuches.

Mais en 1865, quand les Gallois sont arrivés, il y en avait encore (la campagne du désert n’avait pas encore été lancée). Et entre peuples opprimés, on s’entraide (par exemple). Les Gallois, dans des paysages inhospitaliers n’ont dû leur survie qu’à l’aide de ces Indiens qui leur ont appris à lutter contre le froid glacial, à utiliser les espèces animales et végétales, à chasser. L’aide a été réciproque, semble-t-il, et les colons Gallois ont accompagné une délégation Tehuelque pour aller obtenir l’aide promise par le gouvernement de Buenos Aires en échange, justement, de leur collaboration.

Puerto Madryn – Las Grutas (12/8).

De la fenêtre de notre cambre nous avions vue sur le port de Puerto Madryn. Le premier soir nous pouvions y voir les baleines jouer, sans bouger de la chambre. Blasés par notre après-midi à el Doradillo nous n’avions pas su profiter de ce spectacle. La journée en pays Gallois nous avait privé des baleines. Et ce matin, au réveil, marée basse et point de cétacé. De frustration nous allons à el Doradillo en chemin vers le nord pour les admirer une dernière fois. La marée est basse et nous en voyons quelques-unes, mais loin des côtes. Après avoir vu le plus grand mammifère marin nous décidons de tenter le coup double et de partir à la chasse aux condors. Il parait qu’il y en a une colonie dans la sierra grande, un peu plus au nord, près du village de même nom qui peut également nous servir de halte repas. J’y commande un hamburger sans réaliser à quoi je m’expose. Une famille entière aurait pu profiter de ce repas. Puis nous suivons un chemin

Las Grutas – Neuquen (13/8)

Le site du gouvernement nous indique que le chemin que nous voulons prendre, la route nationale 23 jusqu’à los Menucos, puis les provinciales 8 et 6 nécessite l’emploi de chaînes. Et l’agence de tourisme que j’ai interrogée m’a confirmé : « en esta estacion, son cadenas si o si » . Mais c’était trop tentant : éviter la nationale 22 que nous avions suivie à l’aller et qui était pleine de camions. Une parenthèse s’impose : les camions de Patagonie, sans être aussi longs que ceux de l’outback Australien, sont souvent très longs, parfois en deux parties. Mais les lignes droites interminables rendent quand même les dépassements faciles. Nous quittons donc las Grutas, « la » station balnéaire de Patagonie (400 000 visiteurs en été quand même) avec son charme désuet et ses conures bien bruyants pour foncer plein ouest. Il nous a fallu une bonne demi-heure pour croiser un premier véhicule, un camion arrêté. J’en ai profité pour lui demander comment était la route, plus loin et s’il y avait beaucoup de neige. Non, ni neige ni glace. Seulement des animaux : il faut faire attention aux Guanacos.

Nous roulons pendant les 5 prochaines heures dans des paysages lunaires : des collines de rocher, des buissons piquants, un vent qui se réchauffe au cours de la journée. A perte de vue sur 360 degrés. La sensation d’infini est vertigineuse. Mais on n’est pas non plus dans une nature abandonnée. Ici, tout appartient toujours à quelqu’un et des barbelés, de chaque côté de la route avec des chemins menant aux Estancias dont on ne voit quasiment jamais les bâtiments.

Nous arrivons à Neuquen en fin d’après-midi. Nous sommes en journée électorale : les Argentins votent pour les PASO (Elecciones Primarias Abiertas Simultáneas y Obligatorias). Leur système électoral parait au premier abord compliqué, mais après analyse résoudrait bien des problèmes en France en particulier. Si l’élection présidentielle aura lieu dans deux mois, le 13 octobre, ces PASO servent à deux choses : (1) permettre à n’importe quel citoyen de se présenter aux PASO. Et tout candidat atteignant les 1,5% des voix pourra aussi se présenter en octobre prochain ; (2) jouer le rôle de primaires. Ainsi, les deux grands partis (la gauche péroniste, et la droite libérale) présentaient chacun deux candidats et, dès ce soir, les perdants se sont désistés en faveur du vainqueur du parti. Mais même s’il ne s’agissait que de PASOs, le but de chaque parti était d’occuper le terrain et donc de gagner. Or ni la Gauche ni la Droite n’ont remporté ces élections. Le vainqueur ? L’épouvantail Milei, ultra libéral, négationniste du changement climatique et dont le programme économique passe par la suppression de nombreux ministères (dont logiquement celui du medio ambiente), la privatisation des Universités publiques et du système de retraites et la dollarisation de l’économie. Les élections du 13 octobre vont être compliquées : les Argentins utilisent le mots français Ballotage (prononcé tel quel) pour décrire la situation : il y a clairement deux places pour trois candidats et si l’une semble promise à l’épouvantail Milei, rien n’est acquis pour l’autre, ni surtout sur l’attitude du parti vaincu et de ses électeurs. Milei me rappelle par bien des aspects Bolsonaro. Mais des différentes conversations que nous avons eues par la suite il apparait hélas évident que les partis classiques déçoivent : la corruption est décriée et est malheureusement très visible ; la gauche péronniste a montré ces dernières années son incapacité à améliorer les choses. Et la Droite traditionnelle semble promettre des noms qui sont ceux des grandes familles argentines. Donc malheureusement, le seul candidat à présenter des « solutions » qui n’ont pas été tentées avant (en Argentine) a toutes ses chances.

Neuquen – Buenos Aires (14/8)

Notre vol de Neuquen à Buenos Aires se passe sans encombre. A l’arrivée, différents affichages nous proposent de scanner un QR code pour avoir un taxi. Nous le faisons, indiquons notre hôtel comme destination et connaissons immédiatement le prix. Dans la que on vérifie que nous sommes passés par l’application et le taxiste récupère notre code. A l’arrivée nous payons la somme indiquée dès le début. A méditer, en particulier quand on accueille les jeux olympiques.

Nous sortons de l’hôtel pour parcourir les calles Corrientes, Tucaman, Maipu et Florida. Nous changeons de l’argent dans une cueva, à 750 pesos par euro, là où le cours officiel est à 350. La victoire de Milei a entrainé une nouvelle dévaluation du peso… la semaine dernière le change avait été à 500 ou 600. Changer de l’argent est un enjeu pour tous : pour le touriste qui doit changer au fur et à mesure, pour les professionnels argentins : faire des économies en pesos est un non-sens : dès que vous êtes payés vous cherchez à acheter des dollars, monnaie dans laquelle vous économisez. Nécessairement. Et partout dans la rue on entend « cambio, cambio dolares, cambio »… il y a un arbolito tous les 5 mètres calle Florida : ces rabatteurs doivent quand même y trouver leur compte

Nous visitons un peu : la ville est belle.  

Buenos Aires (15/8)

Nous prenons une option hop-on/hop-off pour visiter la ville qui est quand même très grande ; Nous choisissons les bus rouges plutôt que les jaunes. Bien entendu, nous passerons notre temps à regretter ce choix et à trouver que les jaunes passent bien plus fréquemment que les rouges. Le bus nous emmène d’abord vers l’est et nous descendons à Caminito. L’endroit où les immigrés qui choisissaient de rester à Buenos Aires s’installaient, dans les vastes demeures qui avaient été abandonnées par la bourgeoisie lors d’une épidémie de typhus au 19e siècle. Ces demeurent avaient ensuite été bricolées et repeintes avec les fonds pos des bateaux : ce mélange de couleur (qu’on retrouve dans les grands ports du nouveau monde San Francisco, Valparaiso,…)

De là, nous rejoignons à pied le quartier de la Boca et son stade mythique, la Bombonera. C’est le stade du club Boca Juniors, sans doute le club le plus titré de l’Amérique du sud. Partout on trouve des effigies de Messi et des copies de la coupe du Monde, mais surtout celles de Maradona qui est régulièrement comparé à Dieu.

La route jusqu’à San Telmo est un peu plus longue. En chemin nous trouvons un café qui nous sert des salades et une tortilla de patatas gigantesque. Ma salade est une Waldrof dont je garde bien des souvenirs. Arrosée avec une pinte de cidre. Celui-ci vient de Bariloche. Usi une partie de la Patagonie est aride et ne produit pas grand-chose, les vallées des rivières andines et la région proche des Andes est au contraire très prodigue.

A San Telmo nous prenons des places pour un spectacle de Tango. Nous devons pour cela changer à nouveau de l’argent. Les 750 d’hier sont devenus 820 aujourd’hui. La monnaie file.

Le Viejo Almacen est une institution à Buenos Aires. Nous sommes allés y regarder un spectacle de Tango. Techniquement impeccable, mais qui manquait un peu d’âme.

Buenos Aires (16/8)

Nous avons des soucis de logistique : le week-end prochain dure 3 jours ici et trouver une voiture de location et un hôtel à Balcarce s’avère plus difficile que prévu. Nous découvrirons plus tard que les raisons pour lesquelles tous les hôtels y sont complets y sont tout autres : on y filme en ce moment une série Netflix sur le pilote Ayrton Senna et les équipes de Netflix utilisent toutes les chambres.

Nous partons donc à pied chercher une voiture puis allons au musée de l’immigration, installé dans l’ancien « hôtel » où on accueillait les gens qui arrivaient dans le port de Buenos Aires. Si l’endroit est intéressant et les pièces exposées permettent de voir la grande diversité des situations et d’histoires, le musée manque d’imagination et reste trop académique. Il y a quelques années j’avais visité le musée de l’émigration à Liverpool qui permettait bien plus d’imaginer ce que devait être le voyage.

Un secrétariat, au rez de chaussée, doit permettre aux uns et aux autres de retrouver leurs histoires familiales. Mais j’ai vu avec un peu de déception qu’ils n’avaient en fin de compte qu’accès aux mêmes bases de données que celles sur lesquelles j’ai déjà passé de longues soirées.

Le bus nous amène au cimetière de la Recoleta. J’espérais y trouver la statue de Gardel que j’avais vue il y a 37 ans. Mais je m’étais trompé de cimetière !

Pour clore la journée, un repas péruvien : Ceviche, bien entendu. Délicieux.

Buenos Aires (17/8)

Nous sommes sortis à 10 heures et la lumière blafarde nous laissait penser qu’il était le soir. Le ciel était obscur et menaçait. Parmi les nombreuses librairies –Buenos Aires est une des villes les plus bibliophiles du monde– el Ateneo est peut-être la plus belle. J’y ai recherché des livres sur l’immigration avec peu de succès : si les groupes ethniques les plus variés étaient bien représentés, l’immigration espagnole est sans doute trop peu originale. De là, en redescendant la Calle Florida et passant devant ses innombrables arbolitos « cambio, cambio » « dolar » nous avons tenté de rejoindre le cafe Tortoli. Un énorme orage nous a bloqué à la galeria Guemes. Sous des trombes d’eau nous avons rejoint ce café célèbre mais nous n’étions hélas pas seuls à avoir cette idée. Dépités, nous avons pris un taxi pour aller au Museo nacional de las Bellas Artes. Au bout d’un moment, long par les bouchons créés par cette journée pluvieuse, nous voyons que le taxi n’est pas dans la ville européenne moderne mais dans les faubourgs de la Boca. Notre taxiste a avoué qu’il venait de commencer ! Demi-tour pour repasser au ralenti par le centre…

Le musée est étonnant, mélangeant des œuvres des artistes européens les plus prestigieux et ceux de l’Argentine. Dans le premier cas de nombreux impressionnistes mais surtout une salle de Goyas fascinante. Dans le second de véritables bijoux dont « la vuelta del Malon » d’Angel Della Valle. Les Malones étaient ces expéditions violentes menées par les Indiens jusque tard dans le 19e siècle dans le sud de l’Argentine. Même à 300 km de Buenos Aires ces raids ont eu lieu. Ils ont justifié la Guerra del Desierto menée par le général Roca en 1878. Bien entendu, cette opération de « pacification » a été jugée nécessaire pour les uns, un génocide pour les autres.

Nous sortons du musée sous des trombes d’eau : il est impossible aux taxis de s’approcher du musée car c’est un torrent qui coule.

Nous rentrons récupérer avant d’aller voir le spectacle de Tango du teatro Piazzola. Un grand moment accompagné par un « champagne » argentin.

Buenos Aires – Balcarce (18/8)

On part pour Balcarce. Un contre-temps matinal me sert à théoriser (injustement) sur les malheurs de l’Argentine. Dans l’hôtel, les ascenseurs sont souvent en panne. Et au 9èeme étage, c’est un enjeu ! Aussi, quand nous allions descendre avons-nous attendu pour laisser un couple fermer leur chambre et profiter de l’ascenseur que nous avions enfin obtenu. Le couple argentin s’est empressé de sortir de l’ascenseur et (im)mobiliser la réceptionniste pendant 10 minutes, sans avoir la courtoisie de nous laisser passer.

Nous avons récupéré la voiture et sommes allés à la Plata, une ville plus près de l’embouchure du Rio de la Plata où nous avions rendez-vous avec Osvaldo et Vilma. 175 ans à eux deux. Osvaldo (90 ans) nous a montré son vélo, regretté que nous restions pas pour gouter son asado (7 kilos de viand e quand même). Et a ajouté aimer aussi bien le vin que la bière. Et Vilma a été très généreuse, nous offrant des bonnets qui seront parfaits cet hiver.

Puis, des kilomètres d’autoroute…

Nous arrivons à Balcarce en fin d’après-midi. Il s’agit d’une ville moyenne de 45 000 habitants. On y dénombre quand même 28 librairies. En chasse de livres sur l’immigration, nous ne trouvons rien mais avons des conversations agréables, en particulier avec le propriétaire de la librairie Homero qui est en réalité Professeur à l’Université de Mar del Plata. Il n’ouvre sa librairie que le soir. Voilà un hobby qui laisse songeur…

Après avoir vu des kilomètres de vaches nous avons faim et allons au Ruta 56, un asador qui nous a servi le meilleur morceau de viande (Bife de Chorizo) de nos vacances.

Balcarce, 19 août

Quelle émotion ! 104 ans plus tard, se sont rencontrées les familles d’Aquilino et de Lorenzo.

En 1908 les deux fils de Roque ont embarqué à Vigo sur le Belle of Spain : Lorenzo et Inocencia, Aquilino, Dolores et leurs deux petits, Inocencia et Pedro. En 1919, Lorenzo et Inocencia rentreront en Espagne avec leurs 6 enfants : Victoria, Manuela, Rosa, Marciano, Inocencia et Manuel. Victoria était ma grand-mère. Nous pouvons savoir que les deux frères sont restés ensemble pendant 10 ans parce qu’ils apparaissent dans les actes de baptêmes de leurs enfants respectifs.

Il y a 2 ans, j’ai appris que quelqu’un était en train de regarder sur Internet les mêmes données généalogiques que moi. J’ai interrogé cette personne et c’était Josefina (Gutierrez, bien sûr), arrière-arrière-petite-fille d’Aquilino). Et aujourd’hui, nous étions à Balcarce pour rencontrer sa famille ! Josefina avait rassemblé « les Gutierrez d’Argentine » et nous avons passé un jour grandiose.

Ils nous ont d’abord montré l’endroit où nos aïeux vivaient. Sur les terres de l’estancia du Señor Lahitte. Ses terres s’étendent à perte de vue. Il est dit ici que quand le gouvernement voulait récompenser quelqu’un, il disait : « mets ton cheval au galop et toutes les terres seront à toi… jusqu’à la mort du cheval». Nous ne sommes pas sûrs que ce soit vrai, mais probablement l’estanciero envoyait des gens à lui au port pour y recruter de la main d’œuvre. L’estancia est à quelques 15 kilomètres de Balcarce. Cette distance peut-elle expliquer en partie un des doutes que nous avons : pourquoi tarder entre 6 mois et un an à baptiser un enfant ? Il faut noter que, dans la même époque, à Morales, 2 ou 3 jours étaient le maximum et la raison était évidente : le risque de mortalité dans cette période était très grand et si l’enfant allait au paradis il devait être baptisé.

Nous sommes passés devant l’une des maisons qu’Aquilino et Dolores habitaient. Curieusement, les maisons étaient isolées et séparées par une distance respectable. Nous supposons que c’était la volonté de l’estanciero. Celui-ci avait sans doute d’autres exigences. Javier (le père de Josefina) nous a dit qu’il n’y avait pas d’écurie pour les chevaux et que ces derniers étaient en liberté. Mais ils étaient aussi nécessaires pour travailler. Et pour une journée de travail il fallait donc partir dans la sierra chercher les chevaux dès 2 heures du matin. Les chevaux pouvaient également être utilisés pour transporter ou se déplacer. Irma (une petite fille d’Aquilino : c’est dans sa maison que nous avons passé la journée d’aujourd’hui) nous raconte qu’elle allait à l’école de cheval. Et «garait» son cheval devant l’école comme un enfant aujourd’hui garerait son vélo. Puis Irma a appris à conduire… A Balcarce, c’était normal : c’est quand même le pays de Fangio.

La route est très belle et nous croisons de nombreux rapaces : les chimangos et les caranchos.

Ensuite, nous sommes allés visiter le cimetière de Balcarce. Les Gutiérrez y sont enterrés. Aquilino et Dolores, avec Pedrin , qui est né à Morales. Plus loin Pocholo. Le cimetière est colossal. Un vent glacial nous accompagne. Nous passons devant le mausolée de la famille Fangio où reposait le quintuple champion du monde jusqu’à ce qu’il soit déplacé au musée qui est à Balcarce.

Nous avons ensuite une connexion avec l’Espagne et pouvons entendre Marciano (petit-fils de Lorenzo), ma sœur Susana et ma mère d’un côté, les Gutierrez d’Argentine de l’autre. C’est très émouvant.

Parmi la douzaine de convives on trouvait 3 générations de Gutierrez. Nous avons mangé des plats délicieux préparés par Irma et Marta Colavita, veuve de Hector Manuel (petit fils d’Aquilino) ; j’ai accepté de boire l’apéritif qu’ils devaient boire il y a très longtemps : Fernet Branca et soda, auquel on ajoute ensuite du Campari. Et bien entendu du Malbec. Et nous avons beaucoup parlé. De l’Argentine, de cette terre trop riche qui n’a jamais résolu ses problèmes.

De nombreux membres de la famille sont venus et nous en avons joint d’autres par visio-conférence.

  • Lucho et ses enfants Francisco et Luisina. Lucho est également un fils d’Hector Manuel.
  • Javier et Liliana, leurs enfants Joaquín et Lucas, et évidemment José (fina). Javier est le petit-fils de Manuel, fils d’Aquilino. Marta Francino, mère de Liliana était également là.
  • Nous avons plus tard communiqué avec Enrique Gutiérrez et son épouse Teresa Power. Enrique est fils de Roque, et donc petit-fils d’Aquilino. Ceux-ci habitent plus loin, à Bahia Blanca.
  • Est également venu Marcelo, le petit-fils de Lola (Dolores).
  • Celia Repiso, fille de Maria, donc également petite-fille d’Aquilino, était là et avait aussi des choses à nous raconter.

La nourriture (grâce à Marta et Irma) était fantastique et les discussions géniales. Nous avons évidemment tenté de répondre à certaines de nos questions :

Vivaient-ils ensemble ?

Comment et pourquoi aller à Balcarce ?

Comment vivaient-ils ?

Qu’est-il arrivé à Emeterio? Emeterio était un autre frère qui est arrivé à Buenos Aires en 1912. Six mois avant son arrivée, il était parrain de Manuela, fille de Lorenzo. Mais nous n’en savons pas plus.

D’où Lorenzo a-t-il pu trouver l’argent pour s’installer à Morales à son retour ?

Nous sommes partis avec regret, heureux d’avoir passé une belle journée et avec l’espoir de se revoir un jour.

Balcarce – Buenos Aires, 20 août

Balcarce est le lieu de naissance de celui qui est considéré par la plupart des amateurs comme le plus grand champion de course automobile de tous les temps. Il est né à Balcarce en 1911… j’aime penser qu’il était le camarade de classe de ma grand-mère. Sur la grand-place de Balcarce un musée lui est consacré. En fait, une annexe, avec 80 voitures supplémentaires se trouve un peu plus loin. Le musée est extraordinaire, y compris pour des gens qui ne suivent pas la Formule 1. On y trouve des dizaines de voitures, des trophées, des témoignages d’autres grands champions. Les voitures anciennes peuvent être regardées de près et on comprend vite que celles-ci pouvaient atteindre, dès les années 1950, les 200km/h sans avoir les équipements de sécurité d’aujourd’hui. Les sièges sont minimalistes, les casques en cuir et les carrosseries n’étaient pas du tout calculées pour amortir les chocs. Combien de champions de l’époque de Fangio y sont restés, d’ailleurs.

Et dans une salle, le cercueil de Fangio. Etonnant dans un musée, mais non moins émouvant.

La traversée retour à travers la Pampa n’offre que peu de différences avec l’aller. Des kilomètres de vaches, des rapaces superbes, et de nombreux radars.

Une dernière soirée à Buenos Aires et ce qui est sans doute le seul mauvais repas (un bife de chorizo immangeable) accompagné d’une vraie mauvaise foi du restaurant. Dommage, mais oublions cela car nous avons en général si bien mangé !

Que retenir ?

Les paysages ont été extraordinaires. En premier lieu l’altiplano Bolivien et les plages de la Péninsule de Valdès. Dans le premier cas le prix à payer avec le mal des hauteurs est important; Dans le second le prix est plus modéré : des heures de routes patagonnes. Mais on peut aussi adorer cela.

La faune, aussi et en premier lieu les baleines. Des pinguins rencontrés en catimini -c’est évident, il faudra revenir !- les lamas, vigognes et guanacos… Et des oiseaux. Nous avons vu le minuscule colibri mais pas les majestueux condors et albatros (mais les deux fréquentent bien ces contrées).

Les rencontres, naturellement. Le combat des Boliviens est admirables mais la gentillesse et la culture, dans l’adversité, des Argentins, sont extraordinaires.

De très beaux moments : l’émotion des baleines n’est pas comparable à celle de la rencontre avec son passé, avec une famille qu’on ne connaissait pas. Mais dans les deux cas, de très beaux moments.