Je suis arrivé en Inde il y a 3 jours, le 16 août. Le soir, après un voyage un peu long de Macao à Singapour puis à Kochi… le temps d’être déposé à mon guest-house qui était dans l’hôpital. Hôpital créé par Amma (il faudra s’y habituer : Amma a tout créé). Rustique… je n’ai jamais eu un matelas aussi dur. La clim sera remplacée par un bon vieux ventilateur au plafond.

Le lendemain matin un petit déjeuner à la cafétéria de l’hôpital entre familiers des patients et infirmières. Pas de menu. J’ai réussi à obtenir un café et ne sachant pas bien quoi commander, j’ai essayé de demander quelque chose de standard. C’étaient des dhosa avec un liquide blanchâtre que je n’ai pas du tout réussi à identifier. Il y a sans doute de la noix de coco là dedans, étant donnée l’énorme quantité de cocotiers : Kerala signifie justement « pays des cocotiers ». Les galettes me rappelaient étrangement celles servies comme plateau dans les restaurants éthiopiens. Ce n’est peut être pas le fruit du hasard… de l’autre côté de la Arabian sea…

J’ai ensuite été amené rencontrer les autorités. Un entretien long avec le directeur de l’hôpital, Dr Prem Nair, puis un autre avec le directeur de l’institut de nano-technologies, Shantikumar Nair, qui est également vice recteur pour la recherche de l’Amrita University.

Des discussions très intéressantes. Le portrait d’Amma est partout et ces autorités scientifiques incontestables qui m’expliquent qu’ils ne font que suivre ses recommandations. Je suis de plus en plus intrigué. On m’a ensuite mis entre les mains d’un chauffeur et d’un guide pour découvrir Cochin / Kochi. Des vestiges portugais, dont beaucoup ont été transformés par les Hollandais, puis par les Anglais. La curiosité : la première tombe de Vasco de Gama qui est venir mourir à Kochi en 1524. Plus tard son fils est venu chercher le corps qui repose maintenant au superbe Monastère des Hiéromytes, à Lisbonne. Je suis également allé assister à une représentation -pour touristes- de Kathakali. Cette forme de théâtre du Kerala repose sur une histoire chantée avec accompagnement de percussions pendant que les acteurs utiisent l’étonnat maquillage préparé longuement pour faire passer les 9 émotions de base en rapides combinaisons tout en dansant.Le soir, j’étais bien content d’être abandonné un peu n’importe où par le chauffeur, ce qui m’a permis de manger en bord de route (très bon) puis de tenter de rentrer à pied, ce qui s’est avéré impossible : une ambulance s’est arrêté et les ambulanciers, qui repartaient à l’hôpital, m’y ont déposé.

Aujourd’hui, départ très matinal de Kochi pour Allappey où un bateau (prime quality, sir) m’attendait pour faire un long tour sur les backwaters. Si hier j’avais un chauffeur et un guide, aujourd’hui, pendant 6 heures, j’avais un guide, un capitaine et un cuisinier. Les backwaters sont un système de rivières et canaux qui avait servi à transporter les épices des montagnes de l’intérieur à la mer. Des ports les épices partaient en Europe. L’or noir de l’époque n’était pas le pétrole mais le poivre. A lui seul il a justifié les grandes expéditions portugaises et espagnoles de la fin du 15e siècle. Les îles qui sont entourées par ce système de navigation sont en fait des polders: une frange de terre sépare la rivière des rizières qui sont en contre bas, parfois 2 mètres en dessous du niveau de la rivière.

Les énormes pluies de la mousson de la semaine dernière ont fait exploser la digue sur une centaine de mètres entrainant l’inondation des rizières mais aussi des maisons qui sont elles aussi en contre bas. Pas partout. Ca dépendait des îles. Mais la situation tout à fait désastreuse avait l’air d’être traitée avec un très grand calme.

Un autre effet de la mousson est l’annulation de la Nehru boat race qui se déroule chaque année entre les villages de la zone. Chaque village présente un snake boat. Cette pirogue accueille 112 personnes dont 4 barreurs et 8 musiciens. Le record du parcours de 1 kilomètre et demi se situe en un peu plus de 4 minutes ! La course est reportée et devrait avoir lieu le 31 août.
De là à Amritapuri où je suis arrivé vers 18 heures. Là, il va falloir que j’explique : Amritapuri est un village compris entre le backwater et la mer. On y trouve le campus historique de l’Université Amrita. Mais aussi l’ashram. Ma chambre est dans l’ashram. Je ne vais pas expliquer ce qu’est un ashram parce que je suis en train de découvrir. Dans cet Ashram on trouve le temple, un ou deux bâtiments historiques (dont la maison révérée où est née Amma). Des boutiques où on peut acheter de tout. Un hall gigantesque (je pense qu’un millier de personnes y tiennent assises et, à toute heure, ce sont plusieurs centaines qui y sont installées). Une scène dans ce hall avec quelques dizaines de personnes qui assistent ou attendent. Au milieu, une chaise. On ne voit pas bien et comme Amma n’a pas peur de la technologie, une caméra filme Amma et les 2-3 personnes qu’elle a autour d’elle. Dont la personne qu’elle embrasse. Car Amma embrasse, patiemment, les gens qui sont arrivées le matin et ont obtenu un jeton pour cela. Elle embrasse de 11 heures du matin jusqu’à au moins 23 heures. Même par caméra interposée c’est étonnant. Il se passe visiblement quelque chose.
Ajoutons qu’il n’y a personne qui triche… pas de photo à la sauvette… Il faudra vous contenter de celles qu’on trouve facilement sur le web.

J’ai regardé, puis je suis allé manger. J’ai vite été accueilli par des dévots. Un Indien du Nord de l’Inde qui vient deux fois par an pendant un mois. Un militaire espagnol aussi (!) qui vient depuis 3 ans. Les gens sont sympathiques et visiblement heureux. Il est facile de penser « bêtement heureux » mais sur place, c’est impossible de penser ainsi. L’Indien m’a proposé d’aller avec lui faire le « Prasad » : je crois que ça consiste à faire une queue séparée pour pouvoir déposer une offrande dans la main d’Amma pour qu’elle le donne à la personne qu’elle vient d’embrasser. Mon Indien me dit que ce moment est pour lui le meilleur de la journée. L’Espagnol (25-30 ans) m’a invité à l’accompagner sur scène où les dévots s’asseyent un temps pendant qu’Amma embrasse. J’ai décliné. Sans vraiment savoir pourquoi. Une pudeur ? Une peur ? Une incompréhension ? Mais je suis resté longtemps dans le hall, fasciné par ce que je voyais.

Demain, j’ai une journée chargée. Ils m’ont préparé un « schedule » qui se termine avec un Bhajan (demain) ou un Dhasan (mercredi).
14 septembre 2019 at 18 h 53 min
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